L'origine du mot Zouk a plusieurs versions contradictoires, selon le célèbre percussionniste Henri GUEDON le mot "zouk" faisait référence à des lieux de danse réservés aux plus pauvres. Certains parlent d'une origine haïtienne du mot : bien avant les grands morceaux de zouk, dans un des albums du groupe haïtien Skah shah, il y avait un titre nommé "zouké".
D'autres racontent que le mot zouk vient d'une contraction du mot "mazouke" qui fait référence à la danse mazurka." Dans les années 70, les discothèques n'existaient pas et quand nous voulions aller danser nous disions nous allons dans une fête dans "une boom", dans "un zouk" ou dans "une surprise-partie". Le rapport musique et danse y était déjà fort existant.
Si la provenance étymologique du mot "zouk" demeure encore aujourd'hui chargée de mystères, ce n'est pas le cas en ce qui concerne son origine musicale."
Avant les années 80, la part de programmation de nos musiciens locaux sur les ondes radiophoniques d'état, étaient croissantes mais bien en dessous des 30 %. L'unique radio de notre département nous inondait de musique française. L'apparition d'une radio périphérique entraîna une concurrence et nous permit d'entendre plus de musiques venues de la Caraïbe. Nous étions tous férus de compas, joué par les orchestres haïtiens tels les Gipsy, Shleu Shleu, Tabou Combo, Les Frères Déjean, Scorpio , Skah Shah, Volo Volo. Il y eut aussi, la salsa avec les Portoricains, d'autres encore préféraient le calypso via le cadence lypso, avec les groupes Dominicais tels que Gramacks, Exile One ou Bill O Men.
Nos groupes locaux d'alors : les Vikings, Typical Combo,Les Aiglons, Maxels, etc ... tentaient vaille que vaille, de garder une certaine authenticité. En Martinique, des groupes tels que la Perfecta, la Sélecta, Opération 78 ; en faisaient de même. Tous ces groupes antillais ont subi des années de "matraquage". Ils jouaient, à cette époque, une forme de cadence, découlant de la cadence-rempa des haïtiens.
L'année 1975 ft le point de départ d'une réflexion, sur l'affirmation de notre identité musicale. La forte présence de groupes d'Haïti, de la Dominique, de Porto-Rico, et de la Guadeloupe qui y jouaient régulièrement ; étaient ressentis comme pénalisants par certains musiciens de l'île soeur, la Martinique. Ils créèrent un syndicat pour se protéger.
En réaction, certains musiciens guadeloupéens tentèrent de faire de même. D'autres y virent un challenge et se dirent qu'il fallait trouver une musique nouvelle, pouvant même contrecarrer cette "invasion." Pierre-édouard DECIMUS, bassiste des Vikings, fut de ceux-la. A cette époque, la quête identitaire du peuple guadeloupéen était forte, une pensée nationaliste grandissait et forcément, un retour vers une identité culturelle. Elle n'était ni africaine, ni européenne, ni même Indienne ; mais Guadeloupéenne. L'instrument rythmique symbolisant cette quête est le ka. Or, le gwo ka plus qu'un ensemble de rythmes a été aussi une arme de lutte et une musique de résistance. Et surtout, un élément culturel d'affirmation et de revendication identitaire. Dans ce bouillonnement culturel, le carnaval sera lui aussi touché. Finies les parades somptueuses, motorisées, place à l'expression populaire avec des groupes à pieds, utilisant des barils en plastique et jouant des rythmiques tiré du gwo ka ... restructuré. Nous pensons à "Plasticks Boys", "AtataCombo","Ti Réchaud", "Toumblack", "Guimbo All stars", etc.
Il fallait trouver dans le répertoire rythmique guadeloupéen, le rythme qui servirait de base à cette musique. Aux sept rythmes du gwo ka : mendé, toumblack, léwoz, padjenbel, gwaj, woulé, kaladja et leurs variantes viennent s'ajouter aux rythmes du carnaval, en particulier au Senjan, qui servira de base de recherche à nos musiciens locaux.
Ils furent nombreux à chercher la tournure rythmique idéale. Citons en Guadeloupe Guy JACQUET des "Vick'ings" et des groupes c est : Pierre Edouard DECIMUS Fanatique du groupe de carnaval "Mas à Senjan", passionné d'informatique musicale et d'enregistrement il s'attela à ces rythmes afin d'en ressortir une "bonne orchestration." En 1978, il mit sur vinyle, le Caso Vikings Expérience ou apparut, pour la première fois, le guitariste Jacob F. DESVARIEUX. En décembre 1979, avec l'aide de Freddy MARSHALL, fut mis en vente le premier album de Kassav', pseudonyme de P.E. DECIMUS.
Avec l'avènement des radios libres en 1981, le zouk va s'ancrer dans le marché musical antillais. Les orchestres vont être une fois de plus ébranlés, car la diffusion et la consommation des musiques guadeloupéennes se font en direct et se jouent en live. Or, le Zouk à cette époque est une musique de studio. La création de plusieurs labels par les membres de Kassav' dès 1982, avec N.S.I., Soukwé Kow, l'album de Jacob F. DESVARIEUX, Oh Madiana, et celui de Georges DECIMUS, Kassav et Cie et d'autres ; permit au zouk de prendre naissance en 1983 avec l'album Banzawa de Jacob F. DESVARIEUX et de continuer à se façonner de nos jours.
Dans le même temps le marché du disque, de la musique aux Antilles va connaître un essor considérable. Le Zouk devînt porteur d'espoir, beaucoup de jeunes veulent devenir chanteurs.
La multiplication de nouveaux labels de production, et des studios d'enregistrement vont leur permettre de faire leur album. Les discothèques, elles, aussi de plus en plus nombreuses, vont leur allouer des gros cachets pour faire du play-back. Les groupes ou orchestres sont peu nombreux Kassav', Zouk Machine, Volt Face sont ceux que l'on connaît. La tendance est aux grands concerts, mais les cots sont prohibitifs".
Plus de 25 ans après, le Zouk a grandi et donne encore naissance à de multiples variantes et appellations : Zouk Béton zouk chiré zouk love zouk R'nB zouk compas -zouk capo verde raggazouk zouk Sao Paulo Afro zouk Lambazouk brassa zouk Kizomba zopopo zouk ka
Grâce à KASSAV', ZOUK MACHINE, Francky VINCENTet d'autres, le zouk a gagné ses lettres de noblesse, et est reconnu en France. La qualité du travail de nos musiciens allié au marketing des majors Compagnies de notre métropole ont exporté le zouk dans les quatre coins de la planète. Tous les continents, Europe, Afrique, Amérique, Asie, ont dansé, au moins une fois le Zouk.
La grande force de cette musique est son métissage. Les échanges culturels dans les banlieux, ajoutés à l'image positive de nos champions sportifs y sont srement pour son succès.
D'autres artistes de chez nous sont de plus en plus sollicités par ces majors, citons Perle LAMA, Princesse LOVERS, SLAI, Médhy CUSTOS. Ce dernier au mois de janvier a été la meilleure vente française en France métropolitaine.
Mais plus encore, les danseurs de zouk se multiplient dans le monde. Un grand pays, capitale de la fête en Amérique du sud, le BRESIL, l'a complètement adopté.Ils sont en train de conquérir la planète avec elle, tout comme ils l'ont fait avec la lambada.
Le zouk love en a inspiré plus d'un. De nombreux concours internationaux de Zouk, de nombreuses écoles o l'on apprend à danser le zouk sont montées dans le monde.
De nombreux marchés s'entrouvrent, le Zouk est immensément populaire dans les villes telles que Rio de Janeiro, So Paulo, Buenos Aires, Tokyo, New York, San Francisco, Londres et Amsterdam.
Aujourd'hui le constat après presque 30 ans, est que nous possédons avec cette musique, une montagne de diamants à faire fructifier. L'intérêt de plus en plus grand porté à notre zouk par les musiciens du monde entier dont certains des plus connus, nous confortent dans notre mission. Je pense entre autres à Peter GABRIEL, YOUSSOUN DOUR, Wyclef JEAN, et Miles DAVIS.
D'ailleurs il l'avait prédit : "Il fait partie de ces musiques, qui dans un proche futur vont envahir la planète" Miles Davis.
C'est cela le zouk.
Auteur des recherches : Gustave jean-louis